ARP
ATELIER DE RECHERCHE EN POÉSIE ET ARTS VISUELS
(Geneviève Cohen-Cheminet, Juliette Utard)
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L’Atelier de Recherches en Poésie, inauguré en mars 2008, a pour vocation de réunir les poéticiens anglicistes de l'Université Paris IV et d'institutions associées (comme le CEP, Centre d'Etudes Poétiques de l'ENS Lyon), autour d'une réflexion sur la spécificité du fait poétique en langue anglaise. L’homophonie du sigle ARP fait entendre l'intérêt du groupe pour l'héritage anglophone d'une poésie comprise traditionnellement comme chant, depuis le rhapsode grec et le harpiste celte jusqu’au poète contemporain en performance.
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L’autre homophonie volontaire du sigle est celle de Jean Arp qui nous permet d’ouvrir le terrain des études poétiques à d'autres formes et d’autres lieux de création. Ce plasticien fut ami des poètes dadaïstes, Tristan Tzara, Hugo Ball ou Richard Huelsenbec, et ses œuvres collaboratives, entreprises avec Sophie Taueber, ont contribué à repenser la notion d’auteur individuel. Qu’il ait été pris entre plusieurs cultures et deux langues, a aussi permis à Jean Arp de constamment explorer l’interaction des mots, des formes et des couleurs. Sa figure tutélaire situe ainsi notre groupe de recherche à la croisée de pratiques artistiques trans-européennes et trans-atlantiques qui ont, depuis les débuts du 20ème siècle, réunis poésie, arts plastiques et visuels. Les œuvres nées dans cette période charnière du modernisme ont été déterminantes autant par leur mode de circulation, que par leur capacité à façonner de nouveaux modes de lecture et de nouvelles attentes esthétiques.
ARP souhaite donc ouvrir le terrain des études poétiques anglicistes à la croisée trans- nationale des arts plastiques, des arts visuels nouveaux et des arts textuels, en suivant l’axe de recherches théoriques propre à VALE.
Nous avions déjà accueilli des poètes et des traducteurs de renom (Michael Heller en 2004, Jerome Rothenberg en 2005 et 2006, et Claire Malroux en 2007). ARP entend contribuer à cette démarche en faisant venir des personnalités du monde de la poésie — poètes, théoriciens, chercheurs étrangers et français, traducteurs et éditeurs — et prévoit ainsi d'organiser régulièrement des séances autour, et en présence, de grandes figures de la poésie contemporaine.
Outre ces séances-événements, ARP fixe un calendrier annuel de séances de travail (sous forme d'échanges et de présentations individuelles) autour d’une notion étudiée à partir d’œuvres théoriques préalablement choisies avec les membres du groupe. La mise en commun des lectures théoriques structure le travail critique pour une journée d'études, sous forme cette fois de communications des membres du groupe et des chercheurs associés, qui confrontent les acquis théoriques et les textes poétiques et/ou oeuvres visuelles. Les travaux rassemblés sont proposés au Comité de lecture de Sillages critiques. Une fois acceptés, ils sont publiés dans un volume qui permet de diffuser en ligne les résultats des recherches entreprises.
PRINCIPAUX AXES
LE DISPOSITIF
Geneviève Cohen-Cheminet
ARP conduit une réflexion sur les modes de circulation des œuvres, dans divers dispositifs approchés sous l'angle d' « un dispositif des lettres » (notion empruntée à Judith Schlanger). La notion de dispositif, qui a remplacé celle de structure dans l'épistémé contemporain, est à elle seule un immense champ de recherches. Elle a été théorisée en France par M. Foucault, G. Deleuze et J-F. Lyotard, dans les années 70 et 80. Ils ont échappé à l'enfermement structural par le dispositif.
La notion a été depuis reprise par les études intermédiales, en particulier au Canada (Centre de Recherche sur l'Intermédialité CRI de Montréal), aux États-Unis dans le cadre des théories de la communication Communication and Media Studies (multimedia, inter-relation des arts, multimodalité des expériences); et en France autour de Jacques Rancière, de Jean-Louis Déotte, de Philippe Ortel, de Stéphane Lojkine, de Bernard Vouilloux, etc..
La puissance spéculative de la notion de dispositif vient de ce qu'elle n'est pas un modèle métaphorique, comme l'a été la métaphore de l'organisme ou le monde comme théâtre. Le dispositif permet de s'orienter, c'est-à-dire de nommer, d'articuler, de conceptualiser, de connecter des modalités de l'expérience, qui avaient été évacuées par le paradigme de la structure. Le dispositif est aujourd'hui une pensée neuve, qui est un contenu
de savoirs discursifs novateurs, et aussi une activité discursive qui vise à la constitution d'un savoir renouvelé. Elle est donc appelée à s'user et à être dépassée. Mais pour l'instant, sa fécondité tient à sa capacité à générer des discours critiques et théoriques.
Le dispositif relève du régime de l'œuvre ouverte, discontinue et fragmentaire, et ne dépend pas d'une période particulière. Il peut être analysé en dehors de l'époque contemporaine. Il n'est limité ni à la poésie ni aux arts visuels. Mais sa perception en tant qu'objet d'étude spécifique est propre au contemporain et sa modélisation théorique vient des arts visuels.
Notre travail sur le dispositif s’organise selon deux approches complémentaires:
Approche théorique :
De grands théoriciens ont été convoqués pour rendre compte des spécificités de la notion. Les travaux de Giorgio Agamben (Qu'est-ce qu'un dispositif? Rivages Poche, 2006, trad. 2007) ; de Laurent Jenny (« Du vers au dispositif » dans La Parole singulière, Belin, 1990) et de Ludwig Wittgenstein ; de Philippe Lacoue-Labarthe et de R. Heidegger ont permis d’éclairer les références théoriques communes. Ils ont permis de distinguer trois questions poéticiennes :
le dispositif du vers?
la critique comme dispositif?
Les dispositifs esthétiques contemporains ?
Approche analytique :
La confrontation aux objets esthétiques permet de mettre en tension la notion de dispositif. C’est à partir de ce que Jacques Rancière nomme « le tournant technique » de l'esthétique (Rancière 2008) que nous travaillons les objets produits par les artistes et esthéticiens. Ce sont bien sûr la photographie, et la cinématographie, qui changent les conditions de l'art. Après avoir été jugée mineure, la photographie devient une grille de lecture pour penser les autres arts (Rosalind Kraus 1990). Elle ne s'abolit pas en tant que pratique empirique, c'est sa pratique qui devient un modèle théorique pour penser les autres arts en incluant la question de la technique.
Les objets esthétiques étudiés relèvent de cette hypothèse trans-disciplinaire.